VAMPS LIVE 2010 – WORLD TOUR CHILE

Fondée en Avril 2008, le groupe japonais VAMPS – résultante de quarante années de rock’n’roll – avait à la fois tout et rien à prouver à son public naissant.
Rien, car composée de HYDE (L’Arc~en~Ciel) et K.A.Z. (Oblivion Dust), la formation était l’aboutissement logique de la rencontre de deux passionnés travaillant ensemble depuis le début des années 2000, successivement sur les albums 666 (2003) et FAITH (2006), tirés de la carrière solo du chanteur à la voix orgasmique.
Tout, car après un premier album puissant et jouissif – bien qu’un peu brouillon – dans un marché sclérosé par ses propres acteurs, VAMPS semblait avoir fait trois pas en arrière avec BEAST, second panel de titres des deux vampires.
Le cahier des charges semblait en effet chercher à proposer à ses auditeurs une sorte de gigantesque demo tape, jonglant malhabilement entre les tempos et les sons électro, dont le groupe ne savait finalement pas vraiment se dépêtrer en concert.
Impression globale par ailleurs renforcée et confirmée par une prestation médiocre lors du VAMPS LIVE 2010 Beauty & The Beast, évènement spécial couvert à la ZEPP Tôkyô, en date du Mardi 20 Juillet.

Pour autant, a mi-chemin entre Nirvana et Mötley Crüe, en passant par Dead End et Michael SchenkerVAMPS avait conservé auprès des curieux une image de formation proposant un rock brut de décoffrage et décomplexé et une imagerie musicale et visuelle emprunte aux années 80’s.
Et on le comprend bien, tant les différentes performances du premier album en live étaient détonantes de vitalité et d’énergie, pour lesquelles le DVD VAMPS LIVE 2009 au Budokan s’était présenté, grâce à son montage ultra efficace, comme une excellente carte de visite du groupe.

C’est dès lors autour d’une euphorie sceptique que les mélomanes intéressés se sont articulés à l’annonce d’un World Tour incluant le 16 Octobre 2010 une date parisienne en partenariat avec le label Soundlicious, à l’Espace Grande Arche de la Défense.
Mais après l’évènement L’Arc~en~Ciel à Paris de 2008 et devant le sold out autant affolant qu’inattendu de la date finale au Chili le 6 Novembre, c’est en toute logique que le groupe décida d’organiser l’enregistrement du live pour le coffret VAMPS Live 2010 dans le petit pays d’Amérique du Sud.
Rien – ou si peu – ne laissait présager la claque totale qu’allait être la rencontre entre VAMPS et son public chilien, tant les fondamentaux même de la création du groupe n’avaient pas autant trouvé de légitimité qu’à cet instant.

Une prestation (enfin) décomplexée

On passera rapidement sur le package minimaliste du DVD VAMPS LIVE 2010 – World Tour Chile, dont on prend finalement l’habitude. Une bouche, un drapeau chilien, une couleur jaune nous rappelant le daltonisme de Hyde, et c’est tout. Ce serait presque suffisant, si le menu n’était lui-même pas qu’une redit de la jaquette, entrecoupé de vidéos de la file d’attente pourtant impressionnante et de phrases rappelant avec plus ou moins de pertinence que VAMPS était jusque là le premier groupe japonais à remplir une salle si importante en Amérique du Sud. Et ne sont pas les 4.500 sanguins présents ce jour là au Teatro Caupolican qui contrediraient l’importance de l’évènement.

Une fois le concert lancé, on comprend d’emblée le manège agité que va nous offrir le VAMPS Live in Chile : De son imperfection à tous points va naître le live rêvé, celui par lequel on passera indéfiniment pour présenter le groupe à la scène internationale dont il souhaiterait se réclamer.
Le montage, nerveux, enchaîne frénétiquement les changements de focales et les plans habituels du label VAMPROSE.
Gros plans imposants sur le visage de Hyde, profil et trois quart méticuleux sur K.A.Z., contre plongée dynamique lors de scènes où la caméra semble se balancer : Nul doute, on est bien dans un DVD de VAMPS. Mais là où le live se distingue dans sa réalisation, c’est par le recours permanent aux travelings et plans larges hallucinants, où la mise en valeur du public simplement extraordinaire – on y reviendra – ne cesse de faire écho aux appels d’un groupe plus déchaîné que jamais.
Pour autant, dans une volonté de croiser un esthétisme fort et le kitsch inhérent à la formation, les transitions en fondu et la teinte poisseuse des dominantes vertes, rougeâtres et violettes habituellement interdites ces vingt dernières années sous peine de lapidation,  donnent à la photographie du concert une ligne de force retro que l’on soupçonnerait presque volontaire.
D’ailleurs, on en deviendrait par la même totalement convaincu tant la clarté incertaine de la prise de son, un peu saturée par moment et à la spatialisation aléatoire, nous plonge directement dans une ambiance cabaret-rock que les fans rêvaient d’affilier à VAMPS depuis la création du groupe.

Si l’on devait retenir une qualification simple et simpliste pour la prestation, ce serait à travers sa puissance décomplexée qui porte les artistes à leur meilleur niveau devant un public qui ne les a jamais autant réclamé. Ca pue la transpiration à chaque plan, grâce à une testostérone qui tranche au possible.
Hyde, fidèle à lui-même, court, saute, aguiche, scande les paroles autant qu’il gratte, et offre au Chili l’une de ses meilleures prestations en temps que chanteur de VAMPS : Un rock’n’roll pur, aussi rauque que solide, aussi imparfait que parfait pour le genre qu’il affectionne. Jamais fatigué, l’hyperactif du J-Rock prouve une nouvelle fois qu’en plus de vingt années de bons et loyaux services à la musique japonaise, l’homme est avant tout un homme à concept, qu’il aime traîner jusqu’au bout et dans les moindres recoins, avec ses faiblesses et la qualité de celles-ci. Un monstre de talent, qui voit légitimement dans le live in Chile, l’un des meilleurs – si ce n’est le meilleur – concert de sa longue carrière musicale.
Un timbre unique, transportant autant de la détonante IT’S SAD, ancien morceau de son répertoire, à la nostalgique THE PAST, en passant par LIVE WIRE, une reprise dont le souffle épique ici inattendu enfume les dinosaures déjà classiques de VAMPS.

Mais parce que partant d’un duo, VAMPS se présente en réalité comme un amoncèlement de personnalités, jamais les membres n’auront autant donné de leur présence en live.
Habitué du fond de cours, le batteur Arimatsu explose dès le premier titre de la setlist, DEVIL SIDE, martelant l’instrument de plein bras, comme pour libérer le trop plein d’énergie habituel du bonhomme. Sa ligne puissante transforme ainsi les couplets de SWEET VANILLA – titre de l’album 666 que l’on n’attendait plus en concert – poussant le morceau à toujours plus de retour en arrière, comme hommage aux groupes d’influence dont VAMPS se revendique depuis sa création.

L’ancien talent d’Oblivion Dust quant à lui en serait presque à se dévergonder et casser son image de l’éternel timide : Il n’hésite d’ailleurs pas à prendre à bras le corps les messages destinés au public et quelques passages de REVOLUTION, porte étendard du groupe, en signe de reconnaissance et de surprise devant un public chilien qui en donnait tant. Le tout emballé dans une performance irréprochable, sacralisée par SAMSARA à l’aide d’un Jin (clavier) passionnel, pont musical magique du concert, et l’affolante HUNTING, morceau porté par le live qui passait, pourtant, presque inaperçu sur le premier album de VAMPS.

Ju-Ken (Basse) viendra clore le quintuple gagnant du concert, en faisant de son show habituel un exutoire du trop plein qui l’habite, donnant une épaisseur supplémentaire aux sexys SECRET IN MY HEART et MY FIRST LAST.

Mais au-delà d’une excellent prestation, au-delà d’une bonne setlist étonnamment rodée mais encore imparfaite (On compte les jours avant que GET UP disparaisse enfin des concerts de VAMPS), d’un montage classieux mais kitsch de par ses choix colorimétriques, la force unique du VAMPS Live in Chile qui en fait non seulement le meilleur concert de VAMPS mais aussi un incontournable absolu du rock japonais, c’est son ahurissant public.

Le public fait son show

Jamais un public n’aura paru aussi réactif, aussi passionné, aussi galvanisé et n’aura jamais autant donné que le public chilien. Le constat de supériorité absolue et incontestable en deviendrait presque douloureux, tant la date française souffrait d’une audience bien trop distante des artistes représentés, la faute – seulement en partie – à un choix de salle catastrophique.
Le public chante, le public danse, le public saute, et permet à VAMPS des folies qui n’avaient jamais été possibles jusque là.
En terme de cadrage tout d’abord, avec un plan quasi-panoramique simplement majestueux lors de TROUBLE, où tout un public, du premier rang au tréfonds des gradins, saute en cœur et en passion sur les notes endiablées de Jin au clavier.
En terme de réactivité ensuite, que ce soit lors des messages balancés au public entre deux pistes, ou lors du rappel – faisant passer les rappels japonais pour des coups de fil passés dans les toilettes en pleine réunion de salarymen – où chaque personne scande les paroles de REVOLUTION, nouvel hymne de VAMPS, qui jamais n’auront autant collé à l’instant présent. « Bang, On, Stomp Everybody ».
En terme de participation, enfin, donnant à SEX BLOOD ROCK’N ROLL, TROUBLE, LOVE ADDICT et ANGEL TRIP – qui se transforme à l’occasion du live en morceau punk rock – une putain de stature épique à s’en racler les cojones sur une planche à clous de plaisir. Ca grouille, ça vit, ça hurle, ça pleure pendant SWEET DREAMS et MEMORIES, ça touche le plafond pendant VAMP ADDICTION et DOLLY et ça vit son concert à 200%. Une prestation du public exceptionnelle qui viendrait presque couvrir celle des artistes, tant REVOLUTION semble avoir été écrite pour ce moment d’anthologie unique dans la concertographie de VAMPS.

Le live se clôt comme à l’habitude sur MIDNIGHT CELEBRATION, ode au nawak absolu, au montage apocalyptique, jouant sur les flous, aux effets incompréhensibles, où Hyde déchire sa voix comme jamais, où K.A.Z. joue de la guitare posée au sol et où Jin se découvre de nouveaux bras pour taper sur ses bâtons fétiches. Petite déception, peu de choses étant finalement laissées au hasard dans un concert de VAMPS malgré le genre affiliée, on regrettera que Hyde n’ait pas pris le risque de se balancer dans la fosse comme il affectionne de le faire. On aurait été en effet tout à fait curieux de savoir ce qu’il en serait advenu par la suite.

VAMPS LIVE 2010 – WORLD TOUR CHILE est objectivement le DVD ultime du groupe mené par Hyde et K.A.Z. guitares crissantes, sa carte de visite parfaite. C’est à la fois un hommage démentiel à la carrière de Hyde et un moment d’anthologie pour les autres membres de la formation. Une sorte de concert somme, qui se galvanise de son imperfection et qui nous offre une prestation incontournable de la scène rock japonaise. Un live qui transcende l’intimité de l’arène pour offrir une communion rock’n’roll magistrale, pour mieux déconnecter de ce qui l’entoure. On se prend déjà à rêver d’une suite, d’un retour gagnant en Amérique du Sud, d’un montage encore plus incisif, d’une salle encore plus importante, et puis finalement, on se ravise. Laissons ces anomalies planer, le doute subsister, car au fond, c’est ce que VAMPS a de plus beau à offrir à son public.

« Le live d’hier était approprié pour une date finale.

Dire que pour un simple concert des gens puissent être aussi excités…
De toute ma longue carrière musicale, c’était la première fois.

Je n’ai pas arrêté de me planter sur des trucs pas possibles, mais je n’y pouvais rien.
Je ne pouvais pas garder mon sang-froid…
Mais au contraire je me suis dit que c’était déjà bien d’être arrivé jusqu’au bout.
Si je n’avais pas eu l’expérience des très longues tournées, je pense que j’aurais été ruiné par l’excitation.

J’ai connu la béatitude suprême en tant que musicien à plusieurs reprises.

Et en plus on l’a filmé

On a gagné notre pari »

Hyde Le lendemain du Live in Chile


VAMPS LIVE IN CHILE


Tags: chili, concert, hyde, j-music, k.a.z., live, musique, rock, VAMPS

A propos de Nunya

Perdu entre quelques chroniques, affres juridiques et amour immodéré de transmédia, Nunya est un jeune demi-chauve optimiste et passionné de culture populaire, particulièrement bien dans son époque.